Quand la science se penche sur les herbiers marins tropicaux
Publié le 15/09/2026
OCEAN LEAVES est le nom de la chaire partenariale de l'UBO qui s'intéresse aux herbiers marins tropicaux. Elle permettra d'améliorer le suivi et la connaissance de ces écosystèmes encore peu connus du grand public et peu explorés par la recherche.
Le site internet de la chaire Ocean leaves de l'UBO
photo de couverture : Un dugong qui broute un herbier marin - Pïxabay
Les feuilles de l'océan, c'est la traduction d'OCEAN-LEAVES, le nom de cette chaire partenariale née fin mars à l'UBO. C'est aussi un acronyme : Optimisation de la conservation et de l’engagement pour les herbiers marins. Cette chaire est portée par la Fondation UBO et les scientifiques Claire Hellio et Fanny Kerninon, elle rassemble chercheurs, institutions et partenaires publics et privés ; elle a été lancée à Océanopolis, tout un symbole !
Les herbiers marins tropicaux, peu connus et pourtant précieux
On part de Brest, mais ce sont bien les herbiers tropicaux qui sont suivis par la chaire. La France d'outre-mer ne manque pas de territoires où ils poussent : les Antilles françaises, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie... Les herbiers marins sont des écosystème de plantes à fleurs (phanérogames) avec feuilles et racines, composés d'une seule ou de plusieurs espèce(s).
On trouve des herbiers marins dans tout l'océan, partout autour du globe même au pôle nord, à faible profondeur pour capter la lumière. Parfois il ne reste que quelques pousses, ou bien c'est une vaste étendue qui forme écosystème avec algues et animaux associés : les herbiers marins sont à la fois des sources d'alimentation (pour les tortues ou les dugongs qui les broutent), des habitats (pour les hippocampes), des nurseries (pour les jeunes poissons). Ces plantes contribuent aussi à limiter l'érosion côtière et elles jouent leur rôle touristique (puisqu'elles constituent de jolis fonds marins à observer en plongée).
L'objectif de la chaire est de mettre au point un protocole transférable pour mieux collecter les données sur ces herbiers et mieux les suivre. Il existe bien des programmes de recherche sur les herbiers (notamment ceux de la Bretagne) mais beaucoup moins pour ceux des zones tropicales (dont on connait mieux les récifs coralliens ou les mangroves).
Les deux chercheuses vont s'intéresser en particulier à l'écologie chimique des herbiers marins tropicaux : interactions entre espèces, équilibres, composition, état de santé, microbiome (micro flore de surface et bactéries). On peut tout à fait identifier dans les herbiers des molécules actives dont pourra s'inspirer la recherche pour fabriquer de nouveaux médicaments. D'autres disciplines scientifiques seront progressivement associées à la chaire, y compris du droit car l'objectif est aussi d'influer sur les politiques publiques en faveur des herbiers.
Sensibiliser et mobiliser pour réduire les menaces qui pèsent sur les herbiers marins tropicaux
De nombreuses menaces pèsent sur les herbiers marins qui, de fait, déclinent : les pollutions, comme les composés antifooling (herbicides) qu'on applique sur les coques des bateaux, les intrants d'origine agricole, les résidus de métaux lourds d'origine industrielle, etc.
S'y ajoutent la destruction par le piétinement quand les herbiers marins émergent à marée basse ou l'arrachage par les ancres de bateaux.
Les scientifiques s'intéressent aussi aux effets du changement climatique sur les herbiers, à leurs éventuelles adaptations et résistances.
Ces anciennes plantes terrestres retournées à la mer qui se multiplient par leurs graines mais aussi par bouturage ont beaucoup à nous apprendre ! Mieux les connaître permettra aussi de sensibiliser le grand public, les autorités politiques et le monde socio-économique à leur cause.