Vingt ans de baguage des oiseaux du marais de Kervijen
Publié le 17/09/2026
La station de baguage des oiseaux du marais de Kervijen créée par l'association Grumpy nature existe depuis 20 ans. Retour sur ce petit site littoral de la baie de Douarnenez, à la biodiversité très riche, et bilan des actions et observations menées.
Le site internet de Grumpy nature
Quand il a créé son association Grumpy (grincheux en anglais) nature, David Hemery observait les canards de Paris. Mais il avait déjà une affection particulière pour la plage de Kervijen, partagée entre Ploeven et Plomodiern, où il passait ses étés d'enfance. C'est en 2007 que l'association s'est définitivement implantée en Finistère et que les baguages des marais de Kervijen ont commencé. La station fête donc ses vingt ans cette année.
57 000 oiseaux recensés depuis 20 ans, chaque année entre juillet et décembre
Chaque année, de juillet à janvier voire février, l'association s'installe discrètement au bord du marais, et aussi (un peu) à l'intérieur : des filets et des appeaux électroniques (qui diffusent les chants d'oiseaux) sont placés pendant les opérations. Un dispositif nécessaire pour attraper les oiseaux auxquels les ornithologues vont apposer des bagues. Ou bien dont ils vont lire les bagues si les oiseaux en sont déjà munis. Un suivi précieux pour évaluer l'état de santé des populations et leurs évolutions. Le marais de Kervijen est un habitat intéressant d'un point de vue écologique avec une grande diversité de petits effectifs : 40 ha de saules, roseaux, prairie humide qui abritent des insectes, loutres, Campagnols amphibie, oiseaux des marais (paludicoles) mais aussi des passereaux migrateurs comme le Phragmite aquatique, emblématique ou la Rousserole effarvate, Bruant des roseaux, Bouscarle de Cetti ou les plus rares Panure à moustachje, Gorge-bleue, Locustelle tachetée, etc. Le Kerharo est le petit fleuve côtier qui alimente la zone humide avant de se jeter dans la baie. Il ne s'assèche pas encore. Quant au cordon de galets qui protège la roselière, il évolue au gré des marées et de l'érosion marine.
Pour avoir l'autorisation d'installer la station, de capturer et de baguer les oiseaux, il faut un certificat, au terme d'une formation pointue. Le baguage est un art délicat si on veut avoir le moins d'impact possible sur les animaux. Le travail de Grumpy nature est mené sous la supervision du Museum national d'histoire naturelle qui centralise les données recueillies par les différentes stations de baguage. Les bénévoles peuvent aussi à l'occasion suivre d'autres espèces et les habitats Quant à l'accès au marais, il est conditionné à l'accord du propriétaire, le Conseil départemental du Finistère qui finance aussi en partie l'action de Grumpy (l'entretien et la micro gestion du marais, classé Espace naturel sensible). L'association a réalisé quelques inventaires d'autres espèces que les oiseaux : libellules, flore, etc. Grumpy peut aussi accompagner d'autres interventions, comme celle qui aura lieu prochainement : un carottage du sol du marais pour en connaître l'état.
L'état écologique du marais de Kervijen se dégrade
Depuis vingt ans, l'association a capturé et bagué ou recensé 57 000 oiseaux ; elle a donc pu constater les évolutions des populations et dans l'ensemble elles ne sont guère favorables. Plusieurs espèces autrefois présentes à Kervijen ont disparu du site, notamment du fait de la baisse du niveau d'eau du marais : foulques, Cygne tuberculé, panure à moustache, etc. Comme le marais est utilisé pour dénitrifier les eaux de ruissellement (Kerharo détourné, vannes qui ne fonctionnent pas toujours bien) pour lutter contre les algues vertes,, son fonctionnement naturel est altéré. L'arrivée d'oiseaux terrestres, de liseron et de mammifères comme les sangliers ou les ragondins sont aussi des signes de dysfonctionnement du marais.