Échos d'Hildegarde à l'abbaye de Locmaria, Quimper

Publié le 19/02/2026
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Une résidence de recherche autour de la musique composée par Hildegarde de Bingen, abbesse allemande du XIIe siècle, à l'abbaye de Locmaria à Quimper. Au programme, des chants en lien avec l'acoustique de l'église et une réflexion sur l'essence originelle de la musique et ses bienfaits pour l'humanité.

Enseignante-chercheuse en musicologie à l'Université de Rennes 2, Géraldine Gaudefroy-Demombynes a "rencontré" Hildegarde de Bingen, une abbesse du XIIe siècle, proclamée sainte par l'Église catholique. Hildegarde est longtemps tombée dans l'oubli avant qu'on la redécouvre au XXe siècle. Il faut dire que cette femme étonnante a été en son temps un personnage respecté. Reconnue pour ses visions, elle a pu fonder son propre monastère en Allemagne, elle en a même été l'architecte, car l'acoustique l'intéressait particulièrement. Il faut dire que cette femme pratiquait la musique avec ses moniales, jusqu'à composer elle-même. Pour elle, la pratique du chant collectif était intégrée au soin global qu'elle apportait à ses sœurs. Cette femme était en outre botaniste et son usage médicinal des plantes témoigne de ses connaissances en médecine médiévale. 

La chercheuse du XXIe siècle s'est donc intéressée à l'abbesse germanique et a monté le HVBingen project© (Hildegarde von Bingen projet). Ses recherches s'orientent prioritairement vers les fonctions thérapeutiques de la musique, celle d'Hildegarde en particulier, sur les humains en premier lieu, mais pas seulement. Elle participe à d'autres projets pour étudier les bienfaits de la musique sur les plantes. 

Géraldine Gaudefroy-Demombynes prépare aussi un film de fiction sur Hildegarde de Bingen, ainsi qu'un documentaire.

Ce week-end de novembre 2025, elle pilote, avec le musicien et chef de chœur Marcel Pérès, et soutenue par ses collègues de l'Université de Bretagne occidentale, de Rennes 2 et de la Sorbonne, une session de recherche-action autour des chants pratiqués collectivement et surtout dans un lieu donné. Il n'est pas question uniquement de chant médiéval. Des chants antiques, des chants bretons traditionnels font résonner les voutes de l'église de Locmaria à Quimper. Cette église romane date précisément de l'époque d'Hildegarde, le XIIe siècle et il est particulièrement fort s'y faire résonner les voix et les notes, lors d'ateliers ouverts au public. 

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La musique, les corps et l'architecture

Il faut concevoir la musique comme un tout. Quand les supports enregistrés et le numérique n'existaient pas, la musique ne vivait que par sa pratique par des humains, souvent ensemble et dans un lieu précis. Elle était le produit de corps, elle était même souvent dansée (comme les choeurs antiques) et au Moyen Age, on déambulait dans les églises pour faire résonner les chants différemment selon les points du bâtiment. Non seulement chaque production musicale était un moment vécu collectivement, un temps partagé, mais il s'agissait aussi du résultat de gestes, de mouvements des corps et de déplacements dans un espace. 

C'est dans cette perspective globale qu'il faut comprendre aussi la musique comme un "acte thérapeutique". Hildegarde von Bingen faisait parfois chanter ses moniales pendant des heures, et il s'agissait aussi bien de soigner leurs âmes que leurs corps. 

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