S'adapter au risque inondation dans le bassin de l'Aulne

Publié le 20/01/2026
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Les Petits débrouillards Grand Ouest mènent un projet d'éducation et de formation autour de l'adaptation au changement climatique. Transistoc'h y participe à travers une série d'émissions radio. Dans cet épisode, on se penche sur le risque inondation au bord de l'Aulne avec l'Epaga, organisme public qui gère le bassin versant.

Le site internet des Petits débrouillards Grand Ouest

Le site internet de l'Epaga

Écoutez la série radio sur l'adaptation au changement climatique soutenue par l'UE 

Le régime des précipitations est en train d'évoluer sous l'effet du changement climatique. Les projections du site de l'observatoire de l'environnement en Bretagne font état d'une baisse moyenne de 26% des précipitations en été et d'une hausse de 14% en hiver pour une Bretagne à +4°C en 2100. On constate déjà que les épisodes de sécheresse ou de fortes pluies reviennent plus souvent. 

Le bassin de l'Aulne, sa géographie et ses rivières et les différents types d'inondation

Le territoire du bassin versant de l'Aulne est très peu urbanisé par rapport à d’autres (3 à 4 % de la surface). Toutefois, les activités humaines se concentrent autour des cours d’eau, historiquement pour une question de transports, en particulier l’Aulne ; et le fleuve est canalisé sur une bonne part de son trajet, de Châteauneuf-du-Faou à Châteaulin.

Or, les rivières ont des modes de fonctionnement dans lesquels on définit un lit mineur, c’est l’espace qui va être occupé par la rivière « en temps normal » et un lit majeur. Le lit majeur, c’est la zone d’expansion normale quand il y a beaucoup d’eau.
Beaucoup d’activités humaines se trouvent, de fait, dans la zone d’expansion.

Il y a beaucoup de zones inondables sur les sections canalisées de l’Aulne : Châteaulin, Saint-Coulitz, Port-Launay, le village de Pont-Coblant (Pleyben, Gouézec), quelques maisons à Châteauneuf-du-Faou et toutes les maisons éclusières. 

Il peut y avoir plusieurs types d’inondations : par débordement et par ruissellement. En général, les inondations par ruissellement se produisent plutôt dans le sud et en zone montagneuse, avec des précipitations très violentes. Mais c’est un phénomène que l’on commence à voir apparaître ici. On l'a vu à Morgat en cette mi janvier 2026 lorsque les cumuls de précipitations ont été si importants que le réseau pluvial ne pouvait plus absorber toute l'eau qui coulait au centre du village. 

Repérer si son habitation se trouve dans une zone "à risque inondation" du bassin versant de l'Aulne 

Il y a plusieurs méthodes, par exemple avec les documents d’urbanisme. Il existe également un site édité par l’État, qui s’appelle Géorisques sur lequel il suffit de taper l’adresse d’un lieu pour avoir accès à toutes les informations le concernant. 

Parmi les activités "adaptation" proposées par Les petits débrouillards, il en existe une qui invite le public à faire ses diagnostics de risque (inondation, mais aussi ilôt de chaleur) et qui utilise Géorisques. 

En zone inondable, on peut conseiller l’application Vigicrues qui transmet les hauteurs d’eau et le débit en temps réel à partir des mesures dans différentes stations, le tout assorti de niveaux de vigilance jaune, orange ou rouge. Les communes s'appuient sur ce service pour transmettre leurs alertes sur les applications de ville comme Citykomi ou Intramuros.

Une prévision reste une prévision, il ne peut y avoir de certitude. Il est donc conseillé de compléter sa consultation de ces services avec celle des prévisions météo et avec ses propres observations. 

Un diagnostic inondation réalisé gratuitement par l'Epaga dans votre habitation

L’Epaga propose un dispositif de diagnostic inondation. Il est financé à 50 % par l’État et le reste est financé directement par l’établissement public d'aménagement et de gestion du bassin de l'Aulne. Il n’y a aucun frais pour les riverains. C’est entièrement gratuit pour les particuliers, mais aussi les petites entreprises comme les commerces et les établissements publics.

Le diagnostic dure environ 45 minutes et consiste en une modélisation du niveau d’eau sur place en fonction des différents niveaux de crue déjà connus, en se basant sur les crues centennales. (NDLR : Une crue centennale est une crue dont la probabilité est de 1/100 chaque année, cela ne désigne pas du tout le temps qui va s’écouler entre deux crues de cette ampleur).

À partir du niveau d’eau modélisé sur place, on observe le bâtiment et on projette les conséquences. Par exemple, on mesure qu’à cet endroit la crue centennale donnerait un niveau d’eau de 550 cm au-dessus du pas de la porte. On recherche aussi tout ce qui est fragile et « qui compte », par exemple un local chaudière, une cuve à fioul. 

Ce diagnostic permet ensuite de prévoir des solutions pour s'adapter au risque inondation.

Adapter concrètement son logement et ses biens au risque inondation 
 

La prise en compte du risque inondation relève déjà du simple comportement : prendre des précautions telles qu’aller garer sa voiture en hauteur, monter les objets de valeur à l’étage. Une voiture peut dériver à partir de 20 à 30 cm d’eau. À partir d’une alerte, en général sur l’Aulne, on a entre 24 et 48h pour se préparer, même s’il y a parfois de mauvaises surprises.

Parmi les dispositifs les plus simples de mise en sécurité du logement et du mobilier, il y a les batardeaux. Un batardeau est une barrière qui s’installe dans des glissières, avec un mécanisme de gonflage pour la rendre étanche. Cela peut être envisagé pour une porte, une fenêtre… Il faut aussi penser aux grilles d’aération ou aux remontées par le réseau d’eau usées (les toilettes). Le but de tout cela est d’empêcher l’eau d'entrer en cas d’inondation (et en particulier par le réseau d’eaux usées ! Certes les batardeaux ne peuvent empêcher les remontées par capillarité, mais quitte à être inondé, autant l’être par de l’eau propre plutôt que de l’eau qui a tout emporté sur son passage, pleine de boue, de déchets, potentiellement toxique.

Parfois, il peut y avoir des préconisations qui supposent des travaux plus lourds, par exemple surélever l’installation électrique à 1m ou 1,20 m du sol, sceller les cuves à mazout au sol afin d’éviter qu’elles soient emportées, mais aussi déversent leur contenu dans l’environnement. Ces préconisations peuvent orienter la façon dont les rénovations d’un bâtiment va être faite.

Une fois que le diagnostic et les préconisations sont établis, on peut bénéficier d'aides aux travaux, de l’État par l’intermédiaire de la DDTM. Comment cela se passe, il faut des devis d’artisans, et il faut faire une demande de subvention. Là encore, l’EPAGA propose une aide au montage du dossier. 80 % des travaux sont pris en charge et il y a un reste à charge de 20 % pour les particuliers. C’est un peu plus pour les commerces.

Entretenir une culture permanente du risque inondation

Les faux sentiments de sécurité ont tendance à se développer, pour plusieurs raisons. Les derniers épisodes de crues commencent à dater, on oublie. Ensuite, il y a eu des travaux qui permettent d’écrêter des crues de faible ampleur et on ressent moins l’influence des marées.

Cependant, paradoxalement, le fait d'habituer les gens à l'éventualité de l'inondation a un effet déstressant. On est prêt. C'est en ce sens qu'il peut être utile de préparer pour son foyer un petit protocole de crise. Repérer un lieu où stationner la voiture à l’abri ou préparer un kit 72h. C'est une "boîte" ou un sac à dos qui permet d’attendre l’arrivée des secours, dans lequel on a placé une radio FM avec des piles, qui permet d’écouter les nouvelles même si l’électricité est coupée, de la nourriture non périssable et sans cuisson, une certaine quantité d’eau par personne, des papiers importants (documents d'assurance). Le kit doit être « mis à jour » à intervalles réguliers, par exemple pour les médicaments ou les piles. C’est utile pour les inondations, mais aussi pour tous les aléas, comme la tempête Ciaran de 2023. Cela fait partie de la culture du risque, savoir que cela va vraisemblablement arriver, être raisonnablement prêt.

Des idées d'animations pour sensibiliser au risque et acculturer la population au changement climatique

L'éducation est également un élément de cette préparation mentale au risque ; les Petits débrouillards proposent de nombreuses ressources en ligne sur leur Wikidebrouillards : des parcours plutôt que des ressources uniques, de façon à articuler plusieurs activités pour mieux traiter un thème (utilisable en CC-BY, la seule obligation est de citer l'association comme autrice de l'animation).
 

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Ce programme est soutenu dans le cadre de l'Appel à projets FEDER Sensibilisation aux enjeux climatiques dans les milieux scolaires ou à destination du grand public.

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