S'adapter judicieusement au changement climatique en écoutant le Haut conseil breton pour le climat
Publié le 28/04/2026
Les Petits débrouillards Grand Ouest nous proposent en ce mois d'avril 2026 déjà chaud, de découvrir le Haut conseil breton pour le climat. Composé de scientifiques de différentes disciplines, cette instance peut éclairer les politiques d'adaptation au changement climatique.
Le site internet des Petits débrouillards Grand Ouest
Le site internet du Haut conseil breton pour le climat
Écoutez la série radio sur l'adaptation au changement climatique soutenue par l'UE
Le Haut Conseil Breton pour le Climat a été créé en 2022. Il regroupe aujourd’hui 20 scientifiques, 10 hommes et 10 femmes. Il est présidé par deux co-présidents ; Vincent Dubreuil, qui est géographe et climatologue, ainsi que notre invitée : Anne-Marie Tréguier, océanographe physicienne, à l’IUEM, et co-autrice du 6ᵉ rapport du GIEC, spécialisée dans la modélisation numérique du climat, des courants marins et de l’océan.
L'intérêt du HCBC c'est de mêler les différentes disciplines de sciences humaines (psychologie sociale, sociologie, géographie), sciences du vivant, sciences physiques... ces chercheurs et chercheuses choisissent un thème par an et mènent des travaux de synthèse sur le changement climatique et ses impacts en Bretagne.
Dès 2019, la Région Bretagne a publié sa stratégie d’adaptation régionale au changement climatique. Un des premiers travaux menés par les membres du futur HCBC a été d'examiner cette stratégie et d'en relever les faiblesses, deux en particulier : l'absence de diagnostic des vulnérabilités bretonnes au changement climatique et le flou de la stratégie à mettre en œuvre.
En 2026, la Région Bretagne prépare la mise à jour de sa stratégie, en retenant les enseignements de la période précédente (à l’échelle française, le 3ᵉ plan national d’adaptation au changement climatique a été publié en mars 2025). Elle sera votée en fin d’année. Dans ce but la Région s’appuie sur le HCBC qui mène deux missions en parallèle. D’une part éditer un bulletin annuel, d’autre part les membres du HCBC participent à des ateliers thématiques : forêt, eau, biodiversité, aménagements et urbanisme, santé, transports et infrastructures, mer, littoral et pêche, économie, industrie, tourisme, énergie…
Chacune de ces réunions met autour de la table des collectivités, des associations, des professionnels ainsi qu’une personne du HCBC, soit en raison de son domaine d’expertise personnel, soit en tant que relais des travaux de synthèse scientifiques sur le changement climatique en Bretagne menés par le HCBC.
Un thème par an, en 2026 : les impacts sociaux du changement climatique en Brettagne
Les scientifiques du HCBC décident collectivement du thème sur lequel ils travaillent chaque année et éditent leur bulletin.
Le premier, en 2023, se demandait si la météo de 2022 et en particulier sa sécheresse étaient annonciatrices de l’évolution du climat en Bretagne. En 2024, le bulletin portait sur les enjeux du changement climatique pour le littoral. En 2025, il s’agissait d’un état des lieux du changement climatique pour l’agriculture.
Le dernier bulletin est sorti au début de ce mois d’avril 2026 et il analyse les impacts sociaux du changement climatique en Bretagne, qu’ils soient sanitaires, psychologiques, économiques ou culturels. Il met aussi en évidence les inégalités liées au changement climatique, qu'il s'agisse des responsabilités (le 1% de population bretonne la plus riche a dix fois plus d'impact que les 10% les plus modestes), de la vulnérabilité (plus on est précaire, plus on est exposé aux impacts du changement climatique comme la chaleur via un logement plus ou moins bien isolé) et les capacités d'adaptation (changer ses mobilités, transformer son habitat, etc.) La compréhension de ces inégalités est essentielle pour mener des politiques d'adaptation efficace ; mais le message a encore du mal à passer, du fait de sa complexité et des relais de désinformation.
Les réticences et blocages face à l’atténuation du changement climatique ou à l’adaptation au changement climatique se jouent à différentes échelles : individuelle, groupes sociaux, professions, communautés de proximité... ils révèlent également des divergences de nature politique sur les choix collectifs et les solutions à adopter. Or pour être durables et légitimes, les arbitrages entre ces options doivent résulter de débats pluralistes, éclairés par les constats les plus rigoureux et fondés sur l’état des savoirs. D'où l'intérêt d'instances comme le HCBC et le réseau de scientifiques qu'il a tissé autour de lui.
Anne-Marie Tréguier est océanographe physicienne, elle étudie les courants marins et leur circulation qui permet que l'océan global absorbe le CO2 et régule la température terrestre. Sans cette mécanique, l'atmosphère serait invivable. Les scientifiques comme Anne-Marie Tréguier observent donc de près les variations de ces circulations des courants marins. De nombreuses forces interviennent : la rotation de la Terre par exemple ou les vents. Mais aussi ce que l’on appelle la circulation thermohaline : les courants sont dus aux différences de température, de salinité, ils se produisent sur des milliers de kilomètres et pas forcément en ligne bien continue ni directe (il y a des "turbulences"). Quand l’eau est plus froide, elle devient plus dense, elle plonge (et l’eau plus chaude fait l’inverse). Quand l’eau est plus salée, elle devient plus dense, elle plonge (et l’eau moins salée fait l’inverse). Le Gulf stream fait partie de ce système de répartition, l’AMOC (Circulation thermohaline de l'Atlantique) aussi.
Le régime climatique de la planète est passé dans une phase instable en raison des émissions de gaz à effet de serre humaines et les circulations thermohalines aussi. Faute de données anciennes, les scientifiques ont encore du mal à évaluer à quel rythme elles évoluent (plutôt dans le sens du ralentissement pour l'AMOC). D'ici à dix ans, on aura plus de recul pour réaliser des projections sur le comportement à venir des courants marins et donc du climat, notamment breton.
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Ce programme est soutenu dans le cadre de l'Appel à projets FEDER Sensibilisation aux enjeux climatiques dans les milieux scolaires ou à destination du grand public.
