Des histoires de Bretonnes victimes ou criminelles
Publié le 25/06/2026
Hélène du Gouezou vient nous présenter son dernier livre Les souliers rouges dans lequel elle dresse une vingtaine de portraits de femmes qui ont marqué la chronique judiciaire bretonne ou l'histoire populaire depuis le 18ᵉ siècle. Au-delà des faits-divers ou des anecdotes édifiantes, ces récits nous en apprennent beaucoup sur la condition féminine en centre Bretagne.
Les souliers rouges, Hélène du Gouezou, éditions Stéphane Batigne
Les souliers rouges au départ, c'est un conte qu'Hélène entendait dans son enfance. On le trouve en breton, en gallo et en français. Il raconte l'histoire terrible d'une mère qui envoie ses enfants (un frère et une sœur) chercher du bois en promettant à celui ou celle qui rentrera en premier les beaux souliers rouge qu'elle porte aux pieds. Le frère attache sa sœur à un arbre pour être le premier arrivé. Sauf que sa mère le tue et le met dans la marmite du déjeuner. La sœur qui arrive ensuite doit porter le repas au père parti travailler dans la forêt. Une fée apparait alors à la fillette et l'enjoint de récupérer les os du déjeuner paternel. La fillette s'exécute et la fée redonne vie au petit frère. Ce conte atypique dit beaucoup de la place des femmes dans l'histoire humaine ; tantôt victime (serrée dans ses souliers rouges), tantôt "soignante" ou bien puissante (trop à l'aise dans ses souliers), mais perçue comme une ogresse !
Comme elle a été prof de lettres avant de recevoir dans sa maison d'hôtes du Gouezou, Hélène affectionne les contes et récits légendaires, les gwerziou (chants traditionnels bretons) dans lesquels elle a puisé pour écrire — avec une jolie plume — quelque 400 portraits de femmes bretonnes, connues ou méconnues. Le livre en présente une vingtaine dont les histoires se distillent en trois parties : les victimes, les criminelles et… trois femmes "inclassables, une "avocate" qui a sauvé la tête de son mari sous le Directoire, une femme devenue homme et redevenue femme qui a eu le temps d'exercer comme bourreau de la ville de Lyon (avec ferveur, parait-il) et une soldate de la Révolution !
Sans se revendiquer historienne, Hélène a bel et bien fouillé aussi dans les archives de différentes institutions pour découvrir les aventures ou mésaventures d'autres Bretonnes moins connues. Elle revient aussi sur la brigande populaire Marion du Faouët et la première "tueuse en série" jugée comme telle Hélène Jegado la cuisinière qui empoisonnait ses maisonnées.
Les récits "populaires" et les faits-divers ont un autre intérêt que le simple frisson de l'extraordinaire. Ils nous en disent long sur la condition des femmes à travers les siècles. Il est souvent question de filles mères qui se débattent pour sauver leur peau, de femmes qui rêvent d'action plutôt que de mariage contraint ; il est aussi question de santé mentale, d'esclavage ou de torture, sans oublier les exécutions qui n'épargnaient pas ces dames. Le rouge du sang est un peu partout mais "avec tendresse" nous confie l'autrice qui continuera à écrire sur les femmes du passé et du présent pour qu'elles existent encore dans la mémoire collective.
Rencontrez prochainement l'autrice :
- en causerie le vendredi 3 juillet 2026 à la médiathèque de Sizun
- en signatures à la librairie Dialogues Morlaix le 11 juillet 2026
- et dans les salons du livre policier de l'association L'assassin habite dans le 29 cet été dans le Finistère