Des milliers de kilomètres à la rencontre de milliers d'humains et...de sables

Publié le 12/06/2026
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Le projet de Jean-François Aillet peut sembler fou : rassembler des milliers de sables venus de plages du monde entier. C'est un défi artistique, mais aussi philosophique et... physique, car, de 2016 à 2026, ce designer électrotechnicien a parcouru 18000 km et 18 pays d'Europe en poussant un déambulateur chargé des sables qui participent à sa recherche artistique et à son œuvre en construction : Le solitaire des marées. Désormais installé en Finistère, il mène un autre projet autour de l'accueil des marcheuses et marcheurs de passage.

Le site internet de Jean-François Aillet

Jean-François Aillet a toujours marché, au moins dix kilomètres par jour. C'est une hygiène de vie et une philosophie. Comme certaines personnes naviguent toute leur vie, lui parcourt le monde à pied. Il estime avoir parcouru 120 000 km depuis 65 ans. De formation électro-technique, il est aussi passé par l'école des beaux-arts pour apprendre la sculpture. Il s'est aussi formé au design industriel. Il a toujours exercé son premier métier, ce qui lui a permis de pratiquer son art sans courir après les financements. 

La silice comme matériau de sculpture et une collecte planétaire et participative de sables

À partir de 2008, ses recherches artistiques l'ont orienté vers un matériau naturel très courant, très utilisé par l'humanité (pour fabriquer du verre entre autres) et lié aussi à la mer que ce Normand d'origine bretonne affectionne : le sable. Son projet artistique, Le solitaire des marées est une sculpture monumentale de granite, de verre rempli de liquide, avec un mécanisme souterrain piloté par ordinateur pour l'animer ; elle doit être surmontée d'un diamant artificiel qui sera fabriqué avec les sables prélevés dans le monde entier, sur des plages ou des lits de rivières, mais aussi dans des grottes, des plages fossiles et même au pied des monuments mégalithiques. 

Si sa démarche n'a rien de religieux, Jean-François Aillet s'intéresse à ces sites que l'humanité a perçus comme "sacrés". La première rencontre internationale qu'il a organisée autour de son projet a d'ailleurs eu lieu au Mont-saint-Michel avec le soutien du Centre des monuments nationaux. Car l'œuvre du sculpteur a aussi une dimension patrimoniale : un patrimoine de sables à transmettre aux générations futures. 

Après avoir lancé un appel sur Radio France internationale, l'artiste a reçu des sables de toute la planète ; des personnalités prestigieuses se sont prêtées au jeu, beaucoup de scientifiques et des astronautes. C'est ainsi que Jean-François Clairvoy a accepté en 2014 d'embarquer en apesanteur — dans le cadre de la 111ᵉ Mission des vols paraboliques de l'Agence Spatiale Européenne à bord de l'avion Airbus A300 ZERO-G de Novespace — un cube en verre contenant des micro tubes avec les 1000 premiers échantillons de sables collectés (voir Interview ci-dessous). Les deux Jean-François sont devenus amis autour de ce geste symbolique et poétique, cette élévation des sables, témoins de la pesanteur terrestre et des marées, qui s'affranchissent de la gravité. Un autre astronaute a prélevé aussi une bouteille de sable de Polynésie qui a rejoint les autres échantillons. La bibliothèque de minéraux peut en accueillir 7 000, il y en a pour l'instant un peu plus de 2000. 

Une expédition piétonne de dix années, le long des côtes de l'Atlantique à la Baltique

Les deuxièmes rencontres internationales organisées par Jean-François Aillet sont devenues une véritable expédition, une transhumance, au cours de laquelle, c'est l'artiste qui se déplaçait sur les lieux de prélèvement : le long de la côte européenne. Là encore, la dimension sacrée a été intégrée et c'est un itinéraire du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle qu'a suivi l'artiste, du Finisterre espagnol jusqu'en Suède, d'une cathédrale de Galice, à Muxia, jusqu'à celle d'Uppsala d'où était partie Sainte-Brigitte pour faire son propre pèlerinage.  L'expédition Baltica Atlantica a commencé en 2016, depuis Saint-Jacques de Compostelle ; en 2020, sur le retour, l'artiste a dû se confiner du fait de l'épidémie de Covid ; il s'est adapté, a fait une pause, et en 2022 a pu reprendre son périple jusqu'à la destination finale : les monts d'Arrée et le parc naturel régional d'Armorique. Un retour en terre bretonne où il avait déjà beaucoup marché, y compris à Molène.

À chaque étape, le voyageur fait tamponner sa credancial, un carnet de voyage qui atteste que le chemin de Compostelle a bien été parcouru. Souvent, son "navire de terre" sur lequel il pousse son équipement et ses sables (le déambulateur Veloped) permet à l'artiste d'entrer en contact avec les gens qui lui proposent spontanément l'hébergement ou un repas ; Jean-François prévoit d'ailleurs d'intégrer un livre de recettes et plats locaux européens dans le coffret-livre qui résultera du voyage (après un tri de toutes ses découvertes culturelles et des 150 000 photos qu'il a prises !). 

Un projet d'auberge et espace artistique au centre du Finistère

L'expédition Baltica Atlantica est pour ainsi dire terminée. Jean-François aspire désormais à poser ses échantillons et ses chaussures de marche pour accueillir à son tour les personnes qui marchent pour des raisons religieuses ou profanes. Il est à la recherche d'un bâtiment, proche de l'autre Mont Saint-Michel, celui de Brasparts, à occuper sous un bail emphytéotique pour créer une "Auberge des pierres sacrées". Pour conjuguer l'hébergement et la présentation de l'œuvre, il faut un bâtiment de grande taille, comme une ancienne école ou une église désacralisée avec un presbytère. 

Il lèguera à la Région Bretagne le patrimoine qu'il a collecté et le transmettra dans ce lieu, à toute personne de passage ; on pourra voir les sables, les portraits des personnes qui les ont prélevés, découvrir leurs histoires, et par leur intermédiaire, une histoire humaine mondiale.

Tous les podcasts :

Jean-François Clervoy à propos du vol en apesanteur des échantillons de sable en 2014

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Le détail des projets Baltica Atlantica et Auberge des pierres sacrées de Jean-François Aillet

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