Le gène SF3B1 et les troubles du neurodéveloppement
Publié le 13/10/2026
Kevin Uguen, médecin généticien au CHU de Brest, et Delphine Bernard, enseignante-chercheuse en biologie moléculaire (Inserm-UBO) ont croisé chacun le gène SF3B1 dans leurs propres recherches. Et quand ils ont travaillé ensemble, ils ont découvert l'implication de ce gène dans les troubles du neurodéveloppement avec une déficience intellectuelle. Récit de cette rencontre fructueuse.
L'unité GGB sur le site internet de l'UBO
Dans son laboratoire, Delphine Bernard fréquentait régulièrement le gène SF3B1. Il est connu depuis longtemps pour son implication dans les cancers, en particulier ceux du sang. Kevin Uguen dans son service de génétique médicale travaillait quant à lui sur les troubles du neurodéveloppement : troubles dys, troubles autistiques, déficit de l'attention... et, dans son cas, la déficience intellectuelle, qui touche 1 à 2% de la population. Elle est définie par un quotient intellectuel inférieur à 70 et se traduit par des troubles du langages, difficultés de communication, dans les apprentissages voire anomalies motrices, selon la sévérité. Une part importante de cette déficience est d'origine génétique. C'est ainsi que le chercheur a constaté une mutation du gène SF3B1 chez plusieurs patients déficients intellectuels, dans le monde entier. Les deux scientifiques se sont alors rencontrés et ont progressivement monté un projet regroupant plus de 60 scientifiques de 6 pays différents.
Le fruit de leur travail est cette étude publiée dans Nature communications en février 2026 : elle établit l’implication du gène SF3B1 dans les troubles du
neurodéveloppement avec déficience intellectuelle.
La collaboration entre les scientifiques est d'autant plus fructueuse que des outils moléculaire avaient été développés par Delphine Bernard pour analyser les mutations du gène.
La protéine produite par le gène SF3B1 est essentielle au bon fonctionnement de nos cellules, car elle participe à une étape cruciale du traitement de l’information génétique : l’épissage des ARN, une sorte de photocopie de l'ADN envoyée à la cellule pour qu'elle puisse produire des protéines. La protéine SF3B1 est alors dite essentielle, car nos cellules ne peuvent pas s’en passer. Si l'épissage est défaillant du fait d'une variation du gène SF3B1, l'ARN de la cellule dysfonctionne et les conséquences peuvent être majeures : formation de cancers, notamment de cancers du sang, troubles du neurodéveloppement avec déficience intellectuelle,, voire d'autres malformations gastriques, cardiaques, du visage, selon les mutations du gène SF3B1.
À partir du premier cas étudié à Brest, l’équipe de recherche a constitué une cohorte internationale de 10 patientes et 16 patients, âgés entre 1 et 24 ans au moment de leur
entrée dans l’étude. La grande majorité d’entre elles et eux présentent des troubles du neurodéveloppement avec une déficience intellectuelle. L’analyse de leur génome a permis d’identifier 25 variations différentes du gène SF3B1. La plupart sont des variations de novo, c’est-à-dire absente chez les parents. Ces variations de SF3B1 responsables des troubles du neurodéveloppement sont différentes de celles impliquées dans la formation des cancers.
Cette avancée va permettre d'améliorer le diagnostic et donc la prise en charge comme le conseil génétique pour les patientes et patients atteints de ces troubles.