Les défis des 28 000 propriétaires de forêt privée en Finistère
Publié le 22/09/2026
En Finistère, la forêt privée représente 90% de la surface boisée du département. Avec 28000 propriétaires et une moyenne de 4 hectares par parcelle, elle a des allures de mosaïque diversifiée. Quant à son modèle économique, il s'adapte et tente de composer avec le changement climatique et les nouvelles demandes sociales.
Le site internet du Syndicat des forestiers privés, antenne Finistère
Le Finistère est un département peu forestier ; avec 12 à 14 % de surface couverte de forêt (contre 30% en moyenne nationale). Si les forêts domaniales comme celle du Cranou ou de Huelgoat sont bien identifiées, on est surpris d'apprendre que 90% de la surface forestière du Finistère est en fait privée, détenue par quelques 28 000 propriétaires. La taille moyenne de la parcelle est de 4 hectares, ce qui permet de mesurer le morcellement de la forêt privée locale. C'est finalement aussi un atout, les peuplements sont diversifiés : 75% de feuillus (chênes, hêtres, châtaigniers) et 25 % de résineux (Épicéa de Sitka, Douglas, Pin maritime) ce qui est plutôt optimal en termes de biodiversité.
Les propriétaires forestiers doivent concilier des objectifs économiques mais aussi écologiques. Les forêts captent en effet le carbone et abritent en outre une biodiversité intéressante.
Le bois de construction : une priorité économique et climatique
On peut posséder une forêt finistérienne pour plusieurs raisons : parce qu'on en a hérité (forêt patrimoniale), comme réserve de chasse, ou parce qu'un terrain agricole a peu d'intérêt à être cultivé et qu'on souhaite produire du bois (souvent c'est le cas en Finistère). La forêt de rapport est d'abord celle qui produit du bois d'œuvre pour la charpente et la construction. La demande est forte en France, importatrice de bois pour la construction. D'où l'intérêt des résineux qui peuvent être vendus au bout d'une trentaine d'années à un prix intéressant. Le chêne a bien été prisé autrefois, mais c'était pour la construction marine et les arbres pouvaient (voire devaient) être courbes. La construction moderne privilégie les essences qui poussent droit. La fabrication de palettes (prisée en Bretagne) est complémentaire dans l'utilisation du bois d'œuvre de résineux.
Le bois énergie s'est beaucoup développé ces dernières années mais il est moins rentable pour les exploitants forestiers. Et il est moins intéressant sur le plan de la réduction des émissions de CO2. Produire du bois d'œuvre, c'est cumuler les "3 S" de la décarbonation : séquestration (quand l'arbre pousse), stockage (dans le bois utilisé en construction) et substitution (en utilisant du bois à la place du béton qui lui est émetteur de CO2). En outre, toutes les parcelles boisées ne se valent pas : les accrus forestiers (parcelles agricoles qui se sont enfrichées progressivement et ne sont pas spécialement gérées) captent 4 tonnes de CO2 par hectare et par an, contre 20 tonnes pour une parcelle boisée en Épicéa de Sitka.
Une forêt finistérienne qui s'adaptent aux évolutions du climat
Le changement climatique se fait sentir partout même si en Finistère ses impacts sont plus limités que dans d'autres régions de France. Les arbres sont parfois la proie d'insectes ravageurs comme les scolytes mais leurs attaques peuvent être circonscrites. L'alternance plus marquée en deux saisons (sèche/humide) implique de nouvelles pratiques forestières : on plante moins densément, on mélange les essences, tout en anticipant les éventuelles concurrences entre espèces, les effets de probables tempêtes ou les difficultés d'exploitation (les bûcherons humains se font rares). On teste aussi de nouvelles essences : à terme, le chêne pédonculé est condamné en Finistère, le hêtre probablement aussi ; le châtaignier pourrait tirer son épingle du jeu. Du côté des résineux, le Séquoïa géant, le Cryptomère du japon et le Cèdre de l'Atlas sont prometteurs.
Pour la lutte contre les incendies, la difficulté à laquelle est confronté le Finistère tient justement au morcellement des parcelles boisées. Les propriétaires forestiers demandent l'extension de la location de l'hélicoptère bombardier d'eau du SDIS29 (pour l'instant seulement disponible en juillet et août). Pour une DFCI (Défense des forêts contre les incendies) efficace, il faudrait un point d'eau tous les 200 hectares et le tracé de 80 km de pistes d'accès supplémentaires. Quelques réalisations ont eu lieu mais on est encore loin des objectifs qui ne pourront être atteints qu'en lien avec les collectivités locales (et l'assistance du Département et du Parc naturel régional d'Armorique).
Plus largement, il s'agit aussi pour le syndicat de convaincre les collectivités du Finistère de l'intérêt de la forêt comme levier de développement local, en lien avec la filière bois, y compris de bois de chauffage, sachant que de plus en plus de bâtiments publics sont chauffés au bois.