Le drapeau, tout un symbole

Publié le 26/01/2026
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La République du vent, Essai sur le drapeau et le dévoilement politique est un essai signé Laurent Le Gall et Philippe Lagadec (éditions Anamosa). Ils ont mené l'enquête auprès de nos contemporains pour explorer leurs visions du drapeau, un symbole sur lequel on projette beaucoup ! 

Laurent Le Gall est historien à l'Université de Bretagne occidentale et membre du Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC), il a aussi été créateur et président pendant 20 ans du festival Longueur d’ondes. Dans cet ouvrage La République du vent Essai sur le drapeau et le dévoilement politique, (Anamosa) cosigné par Philippe Lagadec, il est moins question d'histoire que d'ethnologie. 

C'est après les attentats du 13 novembre 2015, lorsque le Président François Hollande invitait toute la population à pavoiser ses fenêtres ou portes du drapeau français (le 27 novembre) qu'a germé l'idée de cette enquête au long cours auprès des citoyennes et citoyens du XXIe siècle pour examiner ce qu'était devenu le symbole du drapeau. 

Tout le monde a quelque chose à dire du drapeau

Les auteurs le définissent comme un "espace de projection". S'il est présent dans les cérémonies officielles, militaires ou non, et les compétitions sportives, le drapeau reste aussi largement dans nos têtes. Au terme d'une centaine d'entretiens réalisés "au hasard" à Brest et à Nîmes, c'est une évidence. Quand les deux auteurs interpellaient quelqu'un pour lui demander de s'exprimer sur le drapeau, ils s'entendaient souvent répondre : "vous savez, je n'ai pas grand-chose à en dire..." Et finalement l'entretien durait bien une heure, voire davantage ! 

On a depuis des siècles affiché son "identité" par des bannières et des fanions. Mais ces tissus-là étaient ceux de personnes privées, impériales, royales, seigneuriales, etc. C'est au XIXᵉ siècle, avec l'émergence des États-nations, qu'est né le drapeau comme "symbole public et collectif", souvent associé à une vision plus horizontale du pouvoir, la démocratie dans le cas de la République.

Le drapeau, l'État-nation et leurs évolutions contemporaines

La collecte de Laurent Le Gall et Philippe Lagadec fait ressortir le délicat passage d'un État-nation libérateur à un État-nation plus assiégé, dernier rempart et repère face à une mondialisation perçue comme hostile et violente. Le Front national devenu Rassemblement national l'a bien compris en s'emparant du drapeau tricolore pour en faire l'un de ses "totems". La gauche tente de reprendre la main et d'en refaire un signe de ralliement à ses valeurs. Le drapeau est donc mouvant, et pas seulement dans le vent... Il est aussi fréquemment breton — forcément étant donné le terrain de l'enquête — et là, il semble plus facile et plus consensuel de l'arborer, aux quatre coins du monde. 

Et un petit mot de l'acte de voter

Laurent Le Gall est aussi l'auteur d'un autre essai A voté (2017), récemment augmenté d'un chapitre supplémentaire et dont les éditions Anamosa publient la nouvelle version. L'auteur a en effet décrypté l'acte de vote au prisme de sa formation d'historien et de ses expériences électorales personnelles. Ayant dernièrement tenté l'expérience d'être assesseur dans un bureau de vote de Brest, il a rédigé un septième chapitre consacré à cette figure, rouage essentiel de l'organisation électorale. Autrefois, les assesseurs étaient recrutés dans les partis politiques, comme militantes et militants de la cause électorale. Aujourd'hui, on peine à en trouver lors des dimanches de vote. Celles et ceux qui se dévouent remplissent davantage un "devoir civique" qu'ils ne posent un acte militant. Certains pays rémunèrent d'ailleurs la tâche de surveillance et de gestion du bureau de vote. Ce qui n'empêche pas l'assesseur rémunéré d'avoir néanmoins le sentiment d'accomplir une mission utile à la collectivité.