L'agriculture et nous : enquête en baie de Douarnenez et dans le bassin du Blavet

Publié le 13/01/2026
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Dans le cadre du projet de recherche Fil-AV (Fabrication d'informations publiques locales sur les algues vertes en période de transition agricole), Odeline Billant a mené une enquête sociologique sur les perceptions de l'agriculture par les populations de deux bassins versants : celui du Blavet et celui de la baie de Douarnenez. 

Le site internet du projet de recherche FIL-AV (Inrae - Université de Rennes 2 - CNRS)

Les médias évoquent sans arrêt l'image de l'agriculture dans la population française ; tantôt pour souligner l'attachement traditionnel à une profession qui était autrefois celle de la majorité (seulement 2% aujourd'hui), tantôt pour dénoncer l'"agri-bashing" dont seraient victimes les agriculteurices. 

En réalité, on ignore largement quel est l'état et quelles sont les évolutions des relations entre les habitant·es et les activités agricoles en Bretagne. Ces dernières sont-elles réellement familières aux populations non agricoles, les transformations agricoles d’ampleur vécues par la région depuis les années 1960 sont-elles évaluées à leur juste mesure ? Et en matière environnementale, comment l'agriculture est-elle perçue sur les territoires même où elle s'exerce ? 

Une année d'enquête, 422 réponses recueillies, en face à face

Telles étaient les questions qui se posaient au départ de l'enquête sociologique menée par Odeline Billant entre l'automne 2024 et la fin 2025. Les enjeux de la recherche étaient de recueillir suffisamment de données (objectif quantitatif) mais sans orienter trop les réponses pour bien saisir toute la complexité des relations que nous entretenons tous et toutes avec le monde agricole. 

Deux territoires bretons ont été retenus, sans objectif de les comparer, très différents quoique tous les deux à forte vocation agricole : le bassin versant du Blavet, très vaste, allant des Côtes-d'Armor et du centre Bretagne à la côte morbihanaise, avec une zone urbaine (agglomération de Lorient) et 130 communes, et le bassin de la baie de Douarnenez, plus homogène en termes de densité de l'habitat et des modes d'agricultures, comptant seulement 23 communes. 

L'enquête a donc été menée par questionnaire, mais ce dernier a été coconstruit avec différents partenaires : agricultrices et agriculteurs, élues et élus, membres d'associations environnementales, commissions locales de l'eau… Les collectivités locales et syndicats de gestion (Epab pour la baie de Douarnenez) ont également aidé à la mise en œuvre du questionnaire. Et ces acteurs pourront éventuellement le réutiliser pour enquêter régulièrement leurs territoires. 

Il s'agissait de trouver un équilibre entre des questions fermées et d'autres plus ouvertes qui laissent la possibilité aux personnes interrogées de s'exprimer spontanément sans être orientées ou influencées au préalable. Par exemple, on demandait précisément aux personnes de situer leur lieu de vie et la date à laquelle elles y étaient installées, mais d'autres questions — sans référence directe aux algues vertes — permettaient une expression plus libre ; par exemple : « comment décririez-vous les effets sur l’environnement de l’activité agricole sur ce territoire ? ».

Dans les deux bassins versants, au mois de juin 2025, 211 réponses ont été collectées dans chaque territoire, soit 422 réponses en tout. La réception de l’enquête a été bonne, ainsi que le taux de réponse. Un très faible nombre de répondant·es n’a pas répondu à l’intégralité du questionnaire, par manque de temps. Trois
enquêtrices, dont Odeline, recueillaient les réponses en face à face, dans des lieux potentiellement fréquentés par des publics variés : supermarchés, marchés, bars.

Le traitement des données, parfois long quand il s'agit des réponses aux questions ouvertes, a permis de distinguer différentes postures par rapport aux effets environnementaux de l'agriculture. 

Les "néo-ruraux" prennent moins position, les populations installées depuis 6-10 ans plus critiques

En fusionnant les réponses des habitant·es de la baie de Douarnenez et du Blavet, la chercheuse a identifié les personnes : 

  • qui expriment une opinion critique à l’égard de ces effets (qui les décrivent comme négatifs, très négatifs, ou dépendant du type d’agriculture en faisant une distinction entre agriculture biologique et non biologique),
  • qui soutiennent l’agriculture du territoire de manière indifférenciée,
  • qui relativisent les effets sur l’environnement de l’activité agricole (en disant par exemple que les agriculteurs ne sont pas responsables de ces effets négatifs),
  • ou qui ne se prononcent pas.

Contrairement à une idée reçue, l'enquête met en évidence que les « néo-ruraux » ne sont pas les plus critiques :  les personnes habitant depuis moins de 5 ans en zone rurale répondent, dans une très grande majorité « je ne sais pas » à la question des effets de l'agriculture sur l'environnement et ne prennent en majorité pas position. 
À la différence des personnes habitant depuis 6-10 ans qui sont plus nombreuses à exprimer une opinion critique. 
Enfin, les personnes qui habitent sur le territoire depuis qu’elles sont nées expriment en majorité un soutien indifférencié de l’agriculture (ces personnes pouvant être très jeunes comme plutôt âgées).

Les algues vertes spontanément évoquées plus majoritairement en baie de Douarnenez

Évoque-t-on différemment les algues vertes en Baie de Douarnenez et sur le Blavet ?
Les proliférations d’algues vertes ne sont évoquées à aucun moment du questionnaire par l’enquêtrice. Néanmoins, de nombreuses questions ouvertes laissent l’opportunité à la personne répondante de les évoquer si elle le souhaite. Au total, les proliférations d’algues vertes ont été évoquées à une vingtaine d’endroits du questionnaire.
On observe une forte différentiation territoriale entre le nombre de mentions des proliférations d’algues vertes dans la baie de Douarnenez (45% des personnes les mentionnent) et le Blavet (23% des personnes les mentionnent). Une des raisons qui peut expliquer cette différence est l’institutionnalisation de la Baie de Douarnenez comme baie algues vertes, et la configuration du territoire, rendant le phénomène plus visible partout sur le territoire.
On observe également une différentiation territoriale au sein même de la baie de Douarnenez, les algues vertes étant significativement plus mentionnées dans certains endroits de la baie qu’à d’autres. 

L’équipe scientifique est composée d’Odeline BILLANT (postdoctorante, INRAE) sous la supervision d’Alix LEVAIN (socio-anthropologue, CNRS) et de Valérie VIAUD (agronome, INRAE).
Pour plus d’informations, contacter Alix Levain (alix.levain@univ-brest.fr)