Une enceinte du haut Moyen Âge à La Feuillée
Publié le 16/01/2026
À Goarem ar Manec'h à La Feuillée, des fouilles archéologiques ont commencé en juin 2025 et vont se poursuivre plusieurs années. L'exploration de cette enceinte occupée du VIIᵉ au Xᵉ siècle permettra d'en apprendre davantage sur le haut Moyen Âge en Centre-Ouest Bretagne.
Crédit photo : vue du bâtiment fouillé en 2025, le long de l'enceinte, prise au drone par ©Manon Quillivic Blin
Le site internet du Centre départemental d'archéologie du Finistère
On connaît peu de choses du haut Moyen Âge en Centre-Ouest Bretagne. Le Service régional de l’archéologie de Bretagne a donc souhaité étudier et mettre en valeur trois sites majeurs bien identifiés dans la région : les enceintes de Panner (Saint-Tugdual, Morbihan), Castell Cran (Plélauff, Côtes-d'Armor) et, pour le centre du Finistère, Goarem ar Manec’h à La Feuillée. Ces sites bénéficient d'un financement pour des fouilles archéologiques programmées chaque année au printemps-été depuis 2025.
À La Feuillée, c'est Yoann Dieu, du Centre départemental d'archéologie du Finistère, et sa collègue Manon Quillivic qui mènent les fouilles.
Des migrations venues d'Outre-Manche, des abbayes et leurs paroisses
Le haut Moyen Âge désigne la période qui va de la chute de l'empire romain d'Occident (fin de l'Antiquité) à la Renaissance, donc du Vᵉ au Xᵉ siècle. À cette période, l'Armorique devient peu à peu la Bretagne. Le territoire se dotera officiellement d'un roi en 851, avec Eripsoë, fils de Nominoë et il étendra son pouvoir jusqu'aux comtés de Rennes, Nantes et même Angers. De nombreux habitants de la "Grande Bretagne" (Cornouailles et Devon d'aujourd'hui) ont traversé la Manche pour fuir les pirates irlandais, les Angles, les Saxons et ils se sont installés en Armorique où ils ont fondé des monastères et leurs paroisses (les fameux saints bretons comme saint Guénolé).
Localement, les "enceintes" sont des lieux cernés de talus, parfois doublés de fossés qui entourent une zone de vie. Habitat, activités agricoles et artisanales s'y regroupent plus ou moins sécurisés par des fortifications.
Une grosse ferme, pas vraiment fortifiée, liée à Landévennec ?
À Goarem ar Manec’h, il ne semble pas vraiment y avoir de système de défense. Le site est placé en hauteur sur le versant est d'un mont qui permettait sans doute d'avoir une vue dégagée sur la vallée même si actuellement la zone est boisée et accessible uniquement par un chemin non carrossable d'un kilomètre environ. La traduction française du nom du lieu dit, c'est la lande des moines. Cela va dans le sens de l'hypothèse des archéologues qui présument que le "village" était une propriété de l'abbaye de Landévennec qui, à l'époque, rayonnait sur une bonne partie de l'actuel Finistère et largement dans les monts d'Arrée. Plusieurs familles auraient pu vivre dans cette grosse ferme.
L'enceinte est rectangulaire avec des angles arrondis, de 95 mètres sur 75 mètres de côté soit 7125 m² cernée par un double talus de part et d’autre d’un fossé. Les mouvements de terrains et les quelques pans de mur détectés à l’intérieur révèlent l’existence de bâtiments et d’aménagements en terrasses, lesquelles n'ont a priori pas subi de modifications depuis leur abandon.
Un site archéologique peu accessible et très bien préservé
C'est ce qui a déterminé le choix du site, son excellente conservation. Il avait été détecté par l'archéologue Michael Batt qui avait réalisé des clichés aériens puis des relevés topographiques dans les années 1950 et constaté la présence de structures recouvertes de végétation, mais bien homogènes et continues, des reliefs du passé prometteurs. Le diagnostic de 2010, par une équipe de bénévoles dirigée par Éric Philippe, dont faisait partie Manon, a permis la datation du site (du VIIᵉ au Xᵉ siècle) et confirmé la présence de vestiges de multiples bâtiments adossés au talus intérieur de l'enceinte.
Quinze ans après l’ouverture des premiers sondages, la campagne de fouilles menée en 2025 avait pour objectif principal de procéder à un état des lieux du site. Les archéologues et la dizaine de bénévoles ont repris et élargi vers le sud-ouest le sondage n° 1 réalisé par Éric Philippe en 2010. Vu le peu d'accessibilité du site, il a fallu dégager à la main les structures recouvertes de végétation, avant de fouiller les niveaux archéologiques préservés. Les quatre semaines de fouilles ont été consacrées à l’étude d’un premier bâtiment.
Un bâtiment étudié, une bergerie ?
Il s'agit d'une pièce unique, sans foyer, avec quatre murs et deux entrées, qui rappelle les "maisons longues" de la même époque en Grande-Bretagne, conjuguant habitation et élevage, avec sous bassement en pierre, et architecture en terre et bois. Yoann Dieu penche pour une bergerie, des analyses physico-chimiques permettront de le confirmer ou pas. Peu de mobilier a été retrouvé, quelques tessons de céramiques et fers à cheval ; des meules (pour moudre le grain) ont été réutilisées comme pierres de maçonnerie dans les murs mis au jour par les fouilles, une ardoise gravée d'un symbole évoquant le sacré-cœur a par ailleurs été retrouvée, mais elle pourrait être postérieure au haut Moyen Âge.
Les autres bâtiments de l'enceinte seront fouillés au fil des années. l'humidité du site est à la fois une contrainte pour l'équipe de fouille et un atout, car cela pourrait permettre de conserver des matières organiques pour en savoir plus sur la vie quotidienne des monts d'Arrée au début du Moyen Âge.