Eau potable, vulnérable

Publié le 18/06/2026
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Longtemps perçue comme abondante et "sans problème" (en tout cas en France), l'eau potable est aujourd'hui un sujet de tensions, de débats, de conflits. Pour comprendre ce qui nous permet de boire et pourquoi l'accès à l'eau potable est fragile, l'association Eau et rivières de Bretagne revient sur les cycles de l'eau et les vulnérabilités de cette ressource indispensable à la vie. 

Le site internet d'Eau et rivières de Bretagne 

L'eau potable, ça a l'air simple, évident, facile d'accès. En France, on tourne le robinet et hop ! 

En réalité, le sujet de l'eau est complexe et devient de plus en plus conflictuel. 
Le 7 juin 2026, Eau et rivières de Bretagne a lancé une manifestation avec d’autres associations. 4000 personnes ont répondu à ce rassemblement citoyen, paysan et familial pour défendre l’eau, la santé et la démocratie. Le nœud du débat ce sont la loi dite Duplomb et le récent projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Ils sont présentés comme des réponses à la crise agricole, mais selon la science – pas seulement selon les associations environnementales – ces projets s’inscrivent en réalité dans une logique de recul du droit de l’environnement, au détriment de l’eau, de la santé publique, des écosystèmes et des agriculteurices. 

Dans les actualités militantes d'Eau et rivières de Bretagne, il y a aussi cette action en justice contre plusieurs projets d'exploration minière en cours en Bretagne pour rechercher 40 métaux,certains très polluants et toxiques pour l’eau, les sols et la santé. L'État a accordé des permis d'exploration à une multinationale canadienne (Aurania Ressources) dans le centre Bretagne malgré une large opposition de la population locale. Plusieurs associations dont Eau et rivières de Bretagne vont porter l’affaire en justice. 

Pour comprendre pourquoi les associations se battent, il faut comprendre ce qu'est réellement le cycle de l'eau et comment l'eau potable — un bien commun indispensable à la vie, qui ne doit pas être accaparé par une minorité — s'inscrit dans ce cycle.

L'eau, ses réserves sur la planète et sa circulation : des mécaniques complexes

Le cycle de l'eau, on l'a vaguement appris à l'école, en version très schématique parce qu'en réalité, c'est un phénomène complexe avec de nombreux paramètres. En gros, notre planète compte trois "grands réservoirs d'eau" : l'océan, le ciel et le sol. Entre ces trois réservoirs, l'eau circule : elle ruisselle via les sols et les rivières vers la mer, elle s'évapore depuis l'océan ou le sol vers le ciel (en nuages). Plus il fait chaud, plus elle se vaporise. Et à l'inverse, quand la vapeur d'eau des nuages se condense, l'eau retombe en pluie (ou autres précipitations) sur le sol et l'océan.

Dans le sol, une grosse partie de l'eau qui tombe, s'infiltre. Mais pas toute cette eau : 10 à 40 % seulement. Pour que le sol fasse office de réservoir d'eau, il faut qu'il soit vivant : que les micro-organismes, vers, mulots et autres faunes y creusent des galeries. Si le sol est artificialisé, pas d'infiltration. Un sol artificialisé, c'est un sol urbanisé, couvert d'asphalte, ou bien c'est un sol cultivé tellement intensivement qu'il n'y a plus de vie dans le sol, il est compact comme du béton. Sur un sol imperméable, l'eau ruisselle et part dans l'océan. Elle devient alors salée et moins facile à rendre potable, alors que l'eau stockée dans le sol reste douce et se charge en minéraux utiles pour la santé humaine. 

En Bretagne, on s'approvisionne en eau potable dans l'eau des rivières. D'où l'importance de les préserver. Les rivières naturelles ont en fait, sous leur lit, une nappe phréatique qui a pour fonction d'épurer l'eau et de réguler sa température, elle s'évapore moins, la vie aquatique y est préservée. Si on modifie le cours d'une rivière pour la canaliser par exemple, elle perd sa nappe souterraine et les fonctions qui vont avec. 

Un autre cycle de l'eau, plus local, est celui qui est lié aux végétaux. L'arbre, qui vit avec des bactéries et des mousses garde une fraicheur et une humidité qui permet à l'eau de se condenser donc de rester en place et de limiter l'évaporation. Par ailleurs les microparticules comme les pollens et les bactéries sont indispensables à la formation de la pluie. Les gouttes en ont besoin pour se former et se condenser autour. C'est dire si nous avons besoin des plantes et des microorganismes ! En Bretagne, près de la mer, nous sommes moins concernés par ce cycle de l'eau. 

Un micro cycle de l'eau, c'est celui des zones humides. Avec leur végétation spécifique (mousses, sphaignes, etc.) elles sont de véritables éponges qui retiennent l'eau. En Bretagne, ce sont littéralement des châteaux d'eau pour notre région qui compte très peu de nappes phréatiques souterraines. 

Les changements liés aux saisons et à l'évolution du climat

Le cycle de l'eau varie en fonction des saisons et du climat ! Les pluies dites efficaces représentent moins de la moitié des 26 milliards de m3 qui tombent en Bretagne chaque année. Ces pluies sont celles qui vont être stockées suffisamment de temps pour être utilisables par les humains (en eau potable ou en arrosage des cultures). Ces pluies efficaces sont surtout celles d'automne et d'hiver. Le problème, c'est que le changement climatique a tendance à augmenter les pluies très (trop) intenses et à réduire la proportion de pluies efficaces. 

Le changement climatique accentue aussi les périodes de grosse chaleur qui augmentent la pression sur la ressource en eau (plus de besoins humains, moins de précipitations). Les cyanobactéries se multiplient par ailleurs et asphyxient les plans d'eau et les rivières. Les canicules perturbent aussi le fonctionnement des bactéries utilisées pour épurer l'eau en station. Enfin, elles augmentent la "remontée" des eaux salées dans l'intérieur des terres et donc dans les sols.

Quelques données sur la qualité et la quantité de l'eau en France métropolitaine : en 2025 seulement 36 % des cours d’eau étaient en bon état au regard de la directive cadre sur l’eau, aujourd’hui, dans plus d’un tiers du territoire, l’eau réellement disponible est inférieure aux prélèvements existants, qu'on soit en période de sécheresse ou non.

Cela signifie qu'en fait, l'accès à l'eau potable en France est fragile. Les risques de pollution sont très fréquents, les risques de pénurie s'accroissent. Les mal-adaptations sont légion, comme l'idée que des barrages ou des mégabassines seront une solution alors que ce sont des infrastructures qui nuisent à la régulation naturelle du cycle de l'eau. 

Les enjeux rendent la démocratie cruciale. L'eau étant un bien commun indispensable, il est capital que tout le monde puisse décider en ayant bien compris tous les tenants et aboutissants des décisions. Les instances d'information et de débats sur l'eau comme les Sage (Schémas d'aménagement et de gestion de l'eau) peuvent jouer ce rôle, si les pouvoirs publics les soutiennent. C'est toute la question... Trop souvent, les décisions sont prises au profit d'une minorité qui "privatise" l'eau, pour des raisons avant tout économiques et financières de courte vue.

Quels sont nos leviers d'action ? 

Pour une véritable régulation des cycles de l'eau qui profite à tout le monde, les Solutions fondées sur la nature existent : végétalisation, pratiques agronomiques spécifiques, développement et entretien du bocage, etc. 


Les ressources sur le cycle de l'eau de l'Observatoire de l'environnement en Bretagne