Aux sources de la caricature politique
Publié le 29/09/2026
La caricature politique a eu son colloque à Brest en septembre 2026 ; à quelques mois de l'élection présidentielle, linguistes et historiens se sont penché sur les formes, fonctions et enjeux de ces dessins très liés à la presse écrite.
Christophe Cosker est Maître de conférences de linguistique et membre du laboratoire HCTI, Héritage et Création dans le Texte et l’Image partagé entre Brest (l'Université de Bretagne occidentale) et Lorient (Université de Bretagne sud) ; la linguistique s'intéresse certes aux mots, mais aussi aux autres signes et notamment aux dessins. Installé pendant dix années à Mayotte, le chercheur a consacré sa thèse à l'ironie dans l'œuvre d'un écrivain mahorais Nassur Attoumani qui illustrait ses textes. De fil en aiguille, Christophe Cosker s'est intéressé à la caricature du politique, à laquelle il a consacré ce colloque les 17 et 18 septembre 2026 à Brest. Il fait d'ailleurs partie de l'EIRIS (Équipe Interdisciplinaire de Recherche sur l'Image Satirique) qui publie même une revue Ridiculosa, consacrée à la caricature sous toutes ses formes.
À quelques mois de l'élection présidentielle française, se pencher sur les formes, fonctions et enjeux de la caricature du politique paraissait pertinent.
Un art intimement lié à l'imprimerie et à la diffusion des images
L'image satirique est certes ancienne, elle pourrait même remonter à l'Antiquité. Quant à la caricature dessinée (l'exagération des traits physiques en particulier) et l'origine du mot lui-même, on les doit à trois frères peintres italiens du XVIᵉ siècle à Bologne, les Caracci qui réalisaient (à leurs heures perdues) des petits portraits des passants en exagérant leurs défauts physiques. Il ne s'agissait pas alors de satire politique.
L'essor du dessin de caricature politique est quant à lui lié à l'imprimé et au développement de la presse ; avec les enjeux d'image qui l'accompagnent. Dès les guerres de religion entre catholiques et protestants, et surtout à partir du XIXᵉ siècle.
La forme de la caricature politique prend parfois des allures étonnantes comme ces cartographies imaginaires du XIXᵉ siècle satiriques, dans lesquelles les pays étaient représentés sous des formes animales : le coq pour la France, l'ours pour la Russie, la dinde pour la Turquie... Dans la presse, le caricaturiste joue sur plusieurs tableaux : son univers graphique, l'actualité, la ligne éditoriale du journal, les références de la culture populaire, etc.
Caricature des figures politiques, caricature des idées
Le colloque explore les deux versants de la caricature politique : celle des personnalités politiques, celle des idées.
Les puissants ciblés par la caricature entretiennent avec elle un rapport ambigu ; la caricature assure une notoriété et assoit l'existence publique ; mais elle peut aussi déplaire par sa férocité. La caricature d'une personne est en tout cas une entrée plus naturelle dans la caricature.
Pour autant, les courants de pensée et les idéologies sont aussi la cible des dessins satiriques. Le chercheur Bryan Muller examine par exemple l'iconographie gaulliste au service de la radicalisation-démonisation des "marxistes" aux alentours de 1968. Natalie Schwabl travaille sur la caricature au service du projet politique yougoslave et notamment l'anticléricalisme du régime de Tito. D'autres s'intéressent à un pays comme Joāo Guimarāes qui analyse le discours humoristique et politique de la caricature politique du Portugal. Si le dessin de caricature politique apparait comme essentiellement "occidental", il existe cependant dans d'autres territoires, à condition qu'une certaine liberté d'expression existe, et que le dessin fasse partie des formes d'expression populaires.
La caricature politique de presse se raréfie
La liberté, c'est d'ailleurs une question. La caricature politique navigue sans cesse sur une ligne de crête ; cette forme de dessin peut être perçue comme un discours de violence, voire une pratique discriminatoire envers certaines catégories de population. Christophe Cosker constate de fait que les caricatures politiques se font plus rares dans les journaux français, en dehors de la presse satirique.