Cohabiter avec les goélands des villes
Publié le 09/04/2026
Les populations de goélands en ville sont souvent mal vues des humains et des politiques de stérilisation des œufs ont été menées depuis les années 1990, sans grand succès. Bretagne vivante nous explique pourquoi et comment aborder la cohabitation avec ces oiseaux très intéressants !
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Photo de couverture : Les Goélands argentés qui nichent au port de Lorient — crédit Bretagne vivante
Il ne faut pas croire que les populations de goélands se portent bien parce qu'on les voit de plus en plus en ville. S'ils ont investi les milieux urbains, y compris assez loin dans l'intérieur des terres, c'est parce que ces oiseaux marins ont de plus en plus de mal à vivre dans leur milieu naturel, le littoral. Cela concerne les Goélands argentés, qui sont majoritaires en ville, mais 15% des effectifs sont des Goélands bruns et marins.
La petite pêche côtière se raréfie et les déchets qu'elle laissait aux goélands aussi. Les poissons aussi sont plus rares dans l'océan, et le dérangement des îlots où ils nichent, par les touristes ou par les rats (qui dévorent leurs œufs) s'intensifie. En ville au moins, les oiseaux trouvent de la nourriture et des toits plats sans rats pour se reproduire tranquilles. Ils se nourrissent de déchets de poissons ou de coquillages, mais aussi d'insectes. En 1848, une nuée de goélands a dévoré une invasion de criquets et sauvé les récoltes dans l'Utah, devenant alors le symbole de cet État américain.
Omnivores, les goélands mangent aussi des céréales, des baies ou des nourritures bien humaines par mimétisme (glaces, crêpes, frites) et malheureusement des lacets, des morceaux de plastiques, etc.
Politiques urbaines de stérilisation des œufs inefficaces et coûteuses
Certes, la présence des goélands en ville gène les humains : bruits, déjections, intimidation en période d'élevage des poussins, lesquels tombent des toits quand il fait trop chaud. Depuis les années 1990, les villes se sont attaquées à la présence des goélands en milieu urbain, majoritairement par la technique de la stérilisation des œufs (qu'on étouffe en les couvrant d'huile). Mais cette pratique a non seulement échoué à faire fuir les oiseaux des villes, mais en outre, elle a plutôt eu l'effet inverse : une dispersion et la diffusion des zones de nidification en dehors des ports, mais toujours en ville. Les effarouchements ou les pointes placées sur les toits plats n'ont guère été plus efficaces. Et toutes ces mesures ont coûté bien cher.
Un autre regard sur les goélands urbains, faciles à observer
Bretagne vivante propose une autre approche de notre relation avec les goélands citadins. Déjà, il existe des mobiliers urbains qui permettent de réduire les nuisances : des poubelles spéci ales, par exemple. On peut aussi mettre des abris sur les toits pour éviter les chutes de poussins ou adapter les toits sur lesquels les goélands se reproduisent afin d'éviter que les matériaux des nids bouchent les évacuations d'eau de ces toits.
Et puis il faut changer notre regard sur les goélands en ville. À Lorient, l'association travaille avec la municipalité qui a décidé d'arrêter la stérilisation pour des raisons financières. L'idée est plutôt de "faire avec" et de profiter de la présence des oiseaux pour les observer : visites naturalistes commentées, observations pédagogiques avec les enfants... Contrairement à ceux des mers, les îlots urbains des goélands sont très faciles d'accès et propices aux sciences naturelles. Ce sera aussi l'occasion d'étudier davantage le comportement de ces oiseaux sociaux, étonnants et sans doute bien plus intelligents que ce qu'on soupçonne.