Les canicules marines
Publié le 08/10/2026
Les canicules marines, on en parle depuis quelques temps et surtout lors de l'été 2026 particulièrement chaud. Car oui, l'écosystème océan a aussi été affecté par les températures très élevées. Et cela a des conséquences en cascade, y compris sur les activités humaines. Bernard Cadiou, de Bretagne vivante - Conservatoire d'espaces naturels de Bretagne nous explique comment.
Le site internet de Bretagne vivante - Conservatoire d'espaces naturels de Bretagne
Le concept de canicule marine désigne un phénomène d'élévation de la température de l'eau de mer sensiblement supérieur à la moyenne pendant au moins 5 jours. C'est en 2011 au large de l'Australie que le phénomène a d'abord été identifié. En France, il est apparu en 2023 dans le Golfe de Gascogne. Non seulement ces canicules marines se répètent, partout dans le monde, mais elles peuvent parfois durer plus de cent jours !
Les causes du phénomènes sont liées bien sûr à l'élévation des températures de l'atmosphère mais aussi aux jeux des courants marins, aux profondeurs, etc.
Toujours est-il que les impacts des ces canicules sont graves. Les organismes fixés comme les coraux, les algues (laminaires par exemple) les herbiers, qui par définition ne peuvent pas s'échapper, succombent à ces températures de 2,4 à 5 voire 6 degrés supplémentaires à celles auxquelles elles peuvent résister. Comme le phénomène est brutal, ils n'ont pas le temps de s'adapter. Les coraux blanchissent, les végétaux "crament" comme s'ils étaient en surface.
Même les organismes qui peuvent se déplacer sont cependant atteints également. Les planctons succombent. La nourriture de base des autres espèces marines se raréfie et c'est un effet en cascade : crustacés et mollusques, poissons, mammifères marins... mais aussi au dessus de la surface de l'océan : les oiseaux peuvent certes se déplacer pour trouver leur nourriture mais pas en période de nidification. On a vu dans certains endroits de la planète des échouages massifs de guillemots. Suivi par Bretagne vivante, l'Océanite tempête de Molène établit son terrier sur des îlots sans prédateurs (rats) pour pondre un seul œuf par an. Le mâle et la femelle se relaient pour couver et, alternativement, cherche de la nourriture dans le Golfe de Gascogne. Cet été 2026, la canicule a fortement réduit la nourriture de ce petit oiseau marin et les abandons de terriers avec échec de couvaison ont été nombreux.
En outre, du fait de ces épisodes de chaleur intenses dans l'océan, de nouveaux micro-organismes prolifèrent, pas forcément désirables, comme les cyanobactéries et micro algues toxiques qui s'attaquent non seulement aux coquillages sauvages, mais aussi à ceux qui sont élevés par les humains. Pêche et aquaculture sont donc aussi victimes des canicules marines.